Roch Hodech Sivan : « Jette un bâton en l’air, il retombe par terre »

Ce cours marque l’entrée dans le mois de Sivan, ce mois si particulier où s’unissent les contraires. Le Rabbi explique en effet que Nissan représente l’œuvre de Dieu (la sortie d’Égypte, les miracles, la révélation), Iyar l’œuvre de l’homme (le compte du Omer, le travail sur soi), et Sivan la capacité de relier les deux, d’unir le ciel et la terre.

Le cœur du cours s’articule autour d’une phrase fondamentale du Talmud : « Jette un bâton en l’air, il retombe par terre. » Cette phrase, en apparence évidente, recèle un message profond. Un bâton de bois fut un jour un arbre qui portait des fruits. Bien qu’il soit devenu sec, lorsqu’on le jette en l’air, il retourne toujours à la terre, et il porte en lui la promesse de retrouver, un jour, sa nature originelle.

Ainsi en va-t-il des descendants de hassidim : où qu’ils soient, dans quelque pays ou environnement que ce soit, l’héritage transmis par nos pères saints, qu’il passe par le père ou par la mère, à travers les générations, finit toujours par les rappeler à leur source. Les hassidim sont comme des boomerangs : qu’on les lance où l’on veut, ils reviennent à leur propriétaire. Le cours évoque la lignée de Reb Maïzlich, ce hassid de l’Admour Hazaken qui fut espion auprès de Napoléon et parvint à contrôler les battements de son cœur grâce à l’enseignement du Tania selon lequel l’intellect domine les émotions, une lignée qui, après s’être brièvement écartée, est revenue à Habad.

Mais qu’en est-il de ceux qui ne descendent pas de hassidim ? Le cours rapporte la parole bouleversante du Rabbi à un baal teshuva mal à l’aise : « Les hassidim qui m’ont suivi depuis mon beau-père, je les ai hérités. Mais ceux qui ont fait teshuva comme toi — ceux-là sont les miens. » Et à un Juif yéménite qui s’inquiétait du fossé entre un Séfarade noir et un Ashkénaze blanc, le Rabbi répondit en lui ouvrant simplement les bras avec une grande émotion.

Le message pratique du cours est limpide : il s’agit de créer chez nos enfants, et en nous-mêmes, un ancrage durable. Le cours rapporte la magnifique histoire de Rav Pinson, Chaliah du Rabbi à Tunis, qui surprit deux jeunes au cinéma un Chabbat. Au lieu de leur faire la morale, il les invita dans son bureau et leur chanta pendant une heure les chansons de Chabbat de leur enfance. Ils ne l’ont jamais oublié.

Le cours se conclut sur l’histoire d’un hassid éloigné, devenu un notable cultivé à Saint-Pétersbourg, qui, un soir de farbrengen organisé chez lui presque malgré lui, se tenait à sa fenêtre, un pied dedans, un pied dehors, au sens propre comme au sens figuré. Soudain, le niggoun Daled Bavot de l’Admour Hazaken s’éleva, et il fut comme attiré par un aimant. Ce fut le début de son retour.

Telle est la promesse de ce Yom Yom : la source peut être voilée, recouverte par les soucis de la vie, mais elle ne disparaît jamais. Le travail consiste à ôter les couvertures, par l’étude de la Hassidout et la pratique des coutumes hassidiques, pour laisser jaillir à nouveau ce qui ne s’est jamais éteint.